Les rencontres nationales d’Andicat se sont déroulées dans un contexte apaisé et ont permis aux acteurs présents de réfléchir ensemble à la mise en place de la transformation des Esat. Si l’ouverture sur le milieu ordinaire est largement acceptée, il n’est plus question de revenir sur la pertinence des établissements et services.

« Vous représentez beaucoup d’autres choses que la seule insertion professionnelle« , déclare Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées à un parterre de directeurs d’établissements et services d’aide par le travail (Esat). C’est donc dans un contexte beaucoup plus apaisé que se sont déroulées les rencontres nationales annuelles de l’Association nationale des directeurs et cadres d’Esat (Andicat), les 27 et 28 septembre à Paris. En effet, l’édition 2020 avait été marquée par l’anxiété globale, une semaine avant le premier confinement, mais aussi par des tensions importantes entre le Gouvernement et les acteurs présents (lire notre article). Depuis, un plan de transformation des Esat a été travaillé et adopté par l’ensemble des parties prenantes (lire notre article). Pourtant, la route est encore longue. Dans un calendrier législatif bousculé de fin de mandat, le Gouvernement doit actionner les mesures sur lesquelles il s’est engagé : levée des contraintes administratives, annualisation de l’aide au poste (et donc effectivité du droit au retour), dématérialisation des bordereaux de l’Agence de services et de paiement (ASP), prolongement des périodes de mise en situation en milieu professionnel, mise en place de la prime exceptionnelle de pouvoir d’achat…

Plan lacunaire

Si les acteurs se montrent très satisfaits du plan de transformation des Esat, certaines lacunes sont montrées du doigt. Lors de son allocution, Sophie Cluzel a annoncé 10 à 15 millions d’euros (M€) à destination du fonds de transformation des Esat, le Fatesat. D’après Didier Rambeaux, président d’Andicat, « c’est insuffisant, c’est du saupoudrage ». Il relève également que les mesures de revalorisation des professionnels sont pour la plupart ajournées aux résultats des concertations post-Ségur. Sophie Cluzel insiste quant à elle sur le fait que « le Fatesat sera un levier d’amélioration des plateaux techniques et donc forcément des conditions de travail des professionnels ».

De leurs côtés, les établissements et services doivent également engager une réflexion de fond sur l’autonomisation des personnes. Selon Sophie Cluzel, « il nous faut engager une dynamique d’Esat de transition dans tous les établissements. » Ce modèle, articulé sur l’inclusion professionnelle des personnes accompagnées en milieu ordinaire, est adopté par de nombreux acteurs mais peut encore faire l’objet de réticences, notamment de la part des professionnels, qui craignent que les usagers ne soient pas bien traités dans une entreprise « classique ». En outre, ceux-ci n’ont pas nécessairement les moyens de mener à bien les prospections : « Nos salariés sont occupés, ils n’ont pas le temps d’aller démarcher les entreprises », explique Jean-Jacques Hils, directeur d’un dispositif d’aide par le travail à Montsauche-les-Settons (Nièvre). Il souligne l’importance des conseillers en insertion, qui devraient faire l’objet d’une massification dans le cadre du plan de transformation des Esat.

Modèles de transition

Pour pouvoir se transformer, les Esat ont également besoin de la coopération de tous les partenaires du territoire. « Le réseau avec le sanitaire est crucial pour la mise en place d’un Esat de transition« , estime Roland Krob, directeur d’un Esat de transition sous franchise Messidor à Chauray (Deux-Sèvres). La raison de l’importance de ce partenariat est l’orientation psychique donnée aux Esat de transition Messidor, l’inclusion professionnelle des personnes en situation de handicap psychique pouvant nécessiter un appui des réseaux de psychologie et de psychiatrie. Concernant ce modèle d’Esat, la salle s’est montrée critique quant au déploiement de sa franchise, moyennant finances. Jean-Marc Collombier, directeur général de cette association, présent dans l’assistance, s’est défendu : « Chaque directeur défend son propre modèle, c’est normal. La franchise n’est pas pour Messidor une façon de faire de l’argent mais plutôt de ne pas en perdre. »

Si les Esat réfléchissent à leur transition, il semble que leur existence ne soit plus remise en cause. « Le milieu ordinaire doit évidemment être plus inclusif mais il y aura toujours des personnes qui ne trouveront pas à s’insérer dans l’entreprise telle qu’elle est« , estime Claire Aubin, inspectrice à l’Inspection Générale des Affaires Sociales (Igas) et co-auteur d’un rapport Handicaps et Travail. Pour autant, il faut s’entendre sur les termes de la transformation. « Le mot inclusif est à la mode, personne ne peut le contester« , montre Patrick Doutreligne, président de l’Uniopss. « Cependant quand tout le monde est d’accord sur un terme, cela signifie que tous n’y mettent pas le même sens. » Il s’inquiète de ce que la transformation de l’offre ne réponde qu’à des considérations économiques et appelle à sortir « du dogmatisme du libéralisme économique, du modèle unique de l’entreprise privée« . Quant à Patrick Maincent, vice-président de l’Unapei et président de sa commission emploi, il estime que « la transformation est un mot gigantesque qui ne pourra pas passer par des objectifs imposés mais par la réflexion que nous allons avoir sur le parcours de la personne. »